Elle constitue un phénomène structurel, enraciné dans la culture, les politiques et les représentations sociales du pays.
Ce constat, tangible et documenté, dépasse les prétextes historiques : il interroge la manière dont une société tout entière a intégré la hiérarchie entre les peuples dans ses institutions, son imaginaire collectif et même dans ses productions littéraires.
Dans l’inconscient collectif, les croyances populaires ont longtemps nourri des visions stéréotypées de l’ “Autre” celui venu d’ailleurs, forcément différent, souvent inférieur.
Ces perceptions ont trouvé refuge dans la banalité du quotidien : dans les conversations, dans les discours politiques, dans les distinctions subtiles entre “vrai Français” et “Français de cœur”, voire dans les pratiques administratives mêmes.
L’ignorance, parfois maladroite, parfois complaisante, a contribué à entretenir cette perception d’une France centrée sur elle-même, sans qu’on en saisisse toujours la dimension systémique.
La littérature française, pourtant vectrice de conscience et d’universalité, a elle aussi participé à cette construction.
Nombre de grands auteurs, portés au rang de héros culturels, ont diffusé dans leurs écrits l’écho d’une xénophobie socialement admise.
Louis-Ferdinand Céline, avec ses pamphlets empreints d’antisémitisme, ou Jean Raspail, auteur du Camp des Saints, ont habillé la peur de l’étranger d’un vernis de légitimité intellectuelle.
D’autres, tels que Charles Maurras ou Édouard Drumont, ont transformé leurs plumes en instruments idéologiques, contribuant à rendre “réfléchie” une haine pourtant brutale.
La littérature française n’a pas seulement décrit la xénophobie : elle l’a souvent justifiée, poétisée, normalisée.
Mais c’est dans l’espace public que la xénophobie s’est faite spectacle et institution.
L’un des exemples les plus frappants demeure l’Exposition universelle de 1889 à Paris.
Sous la Tour Eiffel fraîchement érigée, la République triomphante exposait des centaines d’hommes et de femmes, arrachés aux colonies, parqués dans un “village nègre” pour satisfaire la curiosité d’un public fasciné.
Ces personnes, présentées comme des objets d’exotisme, incarnaient la domination coloniale travestie en pédagogie civilisatrice.
L’événement n’était ni marginal ni contesté : il était célébré comme un accomplissement national.
Les journaux, les écoles et les manuels relayèrent ensuite cette mise en scène comme une démonstration de la grandeur française et de son “devoir moral” envers les peuples dits inférieurs.
Cet épisode révèle la profondeur d’un mal culturel : la xénophobie n’était pas seulement tolérée, elle était promue par l’État et consacrée par les institutions du savoir.
Ni les époques ni les républiques successives n’ont totalement effacé cette empreinte.
Des traces persistent dans les réflexes politiques, dans les discours sur “l’identité nationale”, dans la suspicion envers l’accent, le nom ou la couleur de peau.
La xénophobie institutionnelle ne se résume pas à un comportement marginal : elle se lit dans les chiffres de la discrimination, dans la composition des élites, dans la manière dont l’histoire coloniale est enseignée ou tue.
Affirmer cela n’est pas un procès moral contre la France ; c’est observer un fait social et historique.
Reconnaître cette réalité n’implique pas de condamner le passé à la lumière du présent, mais de comprendre que ce passé continue de structurer la pensée contemporaine.
Le nier, c’est prolonger l’illusion d’une France universelle et aveugle à ses propres hiérarchies.
Le reconnaître, au contraire, c’est ouvrir la voie à une mémoire lucide non punitive, mais juste , qui ne se contente plus d’excuser le racisme institutionnel sous le couvert des “valeurs de la République”.